La culture de la vanille sur l’île de la Réunion

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L’île de la Réunion entretient une histoire singulière avec la vanille. Saviez-vous que dans les années 1930, l’île de la Réunion, anciennement appelée l’île Bourbon, produisait à elle seule les ¾ de la production mondiale ? Soient 1.200 tonnes de « vanille Bourbon » produites par an. Aujourd’hui, il subsiste encore 140 producteurs de vanille, majoritairement installés sur la côte est de l’île, entre Sainte-Suzanne et Saint-Joseph. Mais comment obtient-on la fameuse épice brune ? Voici les différentes étapes de culture et de transformation de cette orchidée peu commune.

Histoire de la vanille sur l’île

La vanille a été introduite sur l’île Bourbon entre 1919 et 1922.  Les premières boutures de vanille arrivent en 1819, à la suite d’une expédition en Guyane. À l’époque, les colons essaient de diversifier les ressources naturelles de l’île. En 1820, d’autres boutures arrivent de Manille et, en 1822, des boutures provenant du Mexique sont ramenées du Muséum de Paris. C’est cette variété qui sera exploitée par David de Floris, le principal planteur de vanille à Saint-André au 19e siècle.

Si la vanille trouve un climat propice à son développement, en revanche, seul un insecte, l’abeille Melipone que l’on ne trouve qu’au Mexique, peut féconder les fleurs de vanille. C’est en 1841 qu’un jeune esclave de l’île, Edmond Albius, trouve la manière de féconder manuellement la fleur.

La culture de la vanille

Tout part du vanillier, une orchidée grimpante qui possède une longue liane pouvant atteindre 30 à 100 m de long et qui s’attache aux branches des arbres à l’aide de racines aériennes. La vanille, le fruit de cette plante, a la forme d’une capsule cylindrique (gousse) qui mesure de 15 à 25 cm de long. La vanille reste un mystère :  c’est la seule orchidée dont le fruit est comestible.

La vanille se cultive dans les zones humides tropicales, en sous-bois et avec une température moyenne de 25°C, ce qui explique qu’elle se plaît sur les hauteurs vertes et humides de la côte-est de l’île, à l’altitude moyenne de 600 mètres. On dispose des boutures d’environ 1 mètre 50 sur un tuteur vivant, comme le filao ou le bois de chandelle, sur lequel les racines adventives de la liane s’accrochent. Les racines du vanillier puisent dans le sol les nutriments nécessaires. Dans les vanilleraies de l’île, de petits arbres sont plantés pour protéger la vanille de la lumière directe. 3 années sont alors nécessaires avant de voir apparaître les premières fleurs odorantes jaune clair.

La floraison intervient à partir du mois de septembre. Pendant 4 mois, les fleurs sont fécondées manuellement, selon la technique inventée par Edmond Albius. Ce sont les « marieuses », une main d’œuvre en général féminine, qui réalise la fécondation de la plante très tôt le matin et par temps sec. La fleur de vanille est éphémère, elle doit être fécondée le jour même. La technique consiste à tenir la fleur de la main gauche et découper la corolle au centre de la fleur avec une épine de citronnier ou d’oranger. Puis, toujours avec l’épine, on soulève délicatement le pistil (organe femelle) et on le redresse. On appuie ensuite délicatement avec le pouce de la main gauche pour que l’étamine (mâle) puisse s’incliner vers l’organe femelle et féconder la fleur.

La transformation du fruit en bâton

Les fruits sont récoltés environ 7 à 9 mois après la pollinisation. À ce moment, les capsules sont encore un peu jaunes ou vertes (stade dit « queue de serin ») et n’ont alors ni goût, ni odeur. Chacune contient environ 2000 graines. C’est à la suite d’une préparation minutieuse conçue par les réunionnais Ernest Loupy et David de Floris au 19ème siècle et qui a toujours cours, que la gousse devient ce fameux bâton noir à la saveur extraordinaire.

Plusieurs étapes sont nécessaires. La 1ère, l’échaudage, consiste à plonger les gousses dans une eau chauffée à 65° durant 3 minutes. Les gousses sont aussitôt placées entre des couvertures de laine dans de grandes caisses pendant 12 à 14 heures : c’est l’étuvage. Elles perdent leur eau et finissent par prendre une couleur noire chocolatée. Puis, durant l’étape de séchage, les gousses sont mises à sécher sur des palettes ou des claies en bois au soleil pendant une dizaine de jours, avant de de sécher une nouvelle fois à l’ombre, pendant 2 ou 3 mois. On procède alors à l’affinage : les gousses de vanilles sont placées durant 8 à 12 mois dans des malles en bois, une période qui permet à l’arôme de se développer. Les malles sont régulièrement contrôlées, on y enlève les gousses moisies qui contamineraient les autres. Enfin, les gousses sont triées selon leur longueur, puis conditionnées. Ce savoir-faire ancestral confère à la vanille produite sur l’île de la Réunion une réputation mondiale.

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